À pied depuis le gîte

Les vins de Cheverny, ou l’héritage d’un palais jamais construit

Les vins de Cheverny, ou l’héritage d’un palais jamais construit

1519. Quatre-vingt mille pieds de vigne quittent leur berceau bourguignon pour la Sologne, sur ordre de François Ier. Destination : les abords du château de Romorantin, où vit Louise de Savoie, mère du roi, et où doit s’élever un palais dessiné par Léonard de Vinci. Le palais ne sera jamais construit. Les vignes, elles, sont restées.

C’est par ce détour que le vin de Cheverny entre dans l’histoire. Et c’est ce qui rend ce vignoble si singulier : le village où nous vous accueillons possède, à côté de l’appellation qui porte son nom, la seule appellation de France entièrement consacrée à un cépage que l’on ne cultive nulle part ailleurs. Il s’appelle le romorantin, du nom de la ville où il débarqua voilà cinq siècles.

Le cépage d’un palais jamais construit

Reprenons l’archive. En 1519, François Ier fait donc transplanter quatre-vingt mille pieds de vigne de Bourgogne vers Romorantin, où sa mère tient sa cour. La même année, tout bascule : Léonard meurt au Clos Lucé au mois de mai, le grand projet de palais est abandonné, et le chantier royal s’installe en septembre sur un marécage de Sologne. Ce marécage deviendra Chambord, et nous avons raconté ailleurs ce qu’il advint de lui. Les vignes du roi, elles, n’ont pas suivi le chantier. Elles ont pris racine.

La tradition en a fait « la vigne de François Ier », transmise telle quelle de génération en génération. L’ampélographie moderne, qui lit dans les cépages comme d’autres dans les registres paroissiaux, ajoute un détail plus étonnant encore : le romorantin a les mêmes parents que le chardonnay. Un frère de l’un des cépages les plus répandus du monde est donc resté cinq cents ans dans un rayon de trente kilomètres, sans jamais chercher fortune ailleurs. Belle histoire, et pour une fois l’archive ne la contredit pas.

Le siècle où tout a failli disparaître

Il s’en est pourtant fallu de peu. À la fin du XIXe siècle, le phylloxéra dévaste le vignoble, ici comme partout en France. Des coteaux entiers ne seront jamais replantés, et le romorantin, cépage confidentiel entre tous, aurait pu s’éteindre sans bruit. Une poignée de familles obstinées l’ont regreffé, pied à pied. La photographie qui ouvre cet article montre les vendanges à Cour-Cheverny en 1905, au sortir de cette reconquête : mêmes rangs, mêmes gestes, à quelques minutes de notre cour. Au Domaine des Huards, à Cour-Cheverny, les plus vieux ceps de romorantin encore en production furent plantés en 1922 par Eugène Magloire Gendrier. On vendange toujours leurs raisins, un siècle plus tard.

Deux appellations pour un même clocher

Il faut un peu d’attention pour lire une carte des vins d’ici, et c’est un plaisir de dégustateur autant que d’historien. Cheverny et Cour-Cheverny, deux villages que dix minutes de marche séparent, portent deux appellations distinctes, reconnues par le même décret du 26 mars 1993, après vingt ans passés en appellation « de qualité supérieure ».

L’AOC Cheverny est un vin d’assemblage : sauvignon en tête pour les blancs, pinot noir et gamay pour les rouges et les rosés. L’AOC Cour-Cheverny, elle, ne connaît qu’un cépage, le romorantin, en blanc uniquement, sur une cinquantaine d’hectares répartis entre onze communes. Quand vous en ouvrez une bouteille, vous buvez un vin qui n’existe, littéralement, nulle part ailleurs.

Ce qu’il y a dans le verre

Jeune, le cour-cheverny est un vin sec et vif, d’une très grande longueur, que l’on sert frais, sur le fruit : asperges, poissons, coquilles Saint-Jacques, viandes blanches. C’est en vieillissant qu’il déploie son vrai caractère. La robe prend des reflets dorés, le miel et l’acacia s’invitent, et il accompagne alors des plats que peu de blancs regardent en face, du foie gras poêlé au homard. Les vignerons le répètent volontiers : c’est un vin de garde que l’on boit presque toujours trop tôt.

Le cheverny blanc, plus immédiat, joue la fraîcheur du sauvignon. Le rouge, léger et fruité, supporte très bien d’être servi légèrement rafraîchi sur une table d’été, dans la cour. Des vins francs, digestes, à prix encore raisonnables : la vallée de la Loire avant sa découverte par les palmarès.

Et comme toujours ici, la table du pays fait la moitié du travail. Un cheverny blanc sur les asperges de Sologne au printemps, un rouge à peine frais sur un fromage de chèvre de la vallée, un cour-cheverny d’âge mûr sur un gibier d’automne : le vignoble et le garde-manger ont grandi ensemble, et cela se goûte.

La Maison des vins, face au château

Pour goûter avant de choisir, une adresse suffit. La Maison des vins de Cheverny, au 1 avenue du Château, fait face aux grilles du château : une centaine de références y sont servies à la dégustation, pour une cinquantaine de vignerons des deux appellations et leurs 772 hectares.

Période 2026 Horaires
7 février au 3 avril 11h00 à 13h15 et 14h15 à 18h00
4 avril au 5 juillet 11h00 à 13h15 et 14h15 à 19h00
6 juillet au 23 août 11h00 à 19h00, en continu
24 août au 27 septembre 11h00 à 13h15 et 14h15 à 19h00
28 septembre au 11 novembre 11h00 à 13h15 et 14h15 à 18h00
Formule Prix
Dégustation du jour offerte
Verre de dégustation, 3 vins au choix 4 €
Kit de dégustation, 7 vins au choix 7 €

Pousser la porte des domaines

La Maison des vins est une antichambre : le vignoble se comprend chez ceux qui le font. Beaucoup de domaines des onze communes reçoivent sur rendez-vous, et l’équipe de la Maison tient la liste de ceux qui ouvrent leurs caves. Demandez un cour-cheverny de dix ans si l’occasion se présente : c’est la meilleure façon de comprendre, en un verre, pourquoi ce cépage valait bien un décret.

Ensuite, il n’y a qu’à rentrer à pied, une bouteille sous le bras, par la rue Nationale. Au Clos Amarante, les verres attendent dans la salle à manger, et la cour est faite pour les fins d’après-midi où l’on compare, très sérieusement, un 1993 d’appellation et un cépage vieux de cinq siècles…

Informations vérifiées le 18 août 2026 sur le site officiel de la Maison des vins de Cheverny et sur celui du syndicat des appellations. Horaires et tarifs évoluent : un coup d’œil sur maisondesvinsdecheverny.fr avant de partir.

Retour au blog
Le grand salon du Clos Amarante, à Cour-Cheverny
Le Clos Amarante

Après la visite, rentrer à la maison

Une maison de famille au cœur de Cour-Cheverny, pour dix voyageurs : quatre grandes chambres, un patio pour les soirs d’été, et le château de Cheverny à dix minutes à pied.

WhatsApp